Message de J.C. du 04.05.2020

Cher Tanguy,

Je viens de relire encore ton texte et la pétition que tu proposes.
Pour ma part je ne signerai pas la pétition car comme beaucoup d’autres personnes je ne souhaite pas rester confinée et je crois que la crise économique majeure qui s’annonce demande que l’on se préoccupe aussi de la reprise du travail. Par ailleurs, je n’ai pas envie de demander au gouvernement qu’il m’aide à assumer ma réflexion, mes choix. Il a assez à faire avec les artistes qui ne retrouveront pas de travail avant des mois, avec les services qui ont à être revalorisés impérativement (éboueurs, femmes d’ouvrage, aides soignantes et j’en passe) Interdire l’esclavage qui a court chez Amazon ne serait pas mal non plus.

L’intérêt de ton texte réside surtout, à mes yeux, dans l’appel à la mobilisation collective pour la création de nouveaux paradigmes : réduction des inégalités, arrêt de la consommation effrénée, souci de l’écologie etc

Je rêve d’un mouvement citoyen, qui n’appartienne à aucun parti politique (du moins en un premier temps) mais qui rassemble des gens d’horizons très différents. Pas la peine, en effet, de se retrouver entre bobos bien pensants qui ont le luxe de ne pas avoir à se soucier de comment faire bouillir la marmite.

J’ai vu déferler dans les médias, sur les réseaux sociaux etc des tas d’idées intéressantes, avec le déconfinement il s’agit de passer à l’action, ou du moins à des propositions concrètes.

Un autre intérêt de ton texte est qu’il émane d’un psychanalyste. Prendre la mesure de ce qui se passe en dehors de la consultation n’est pas très commun dans le milieu ! […]
Les psychanalystes ont sans doute des choses à dire sur la santé mentale par les temps qui courent.

Bref, j’espère que ce texte trouvera preneurs de débats.
Au plaisir d’en parler avec toi et d’autres

J.

Réponse à J.C. du 05.05.2020

Chère J.,

Merci pour cette lecture tout en nuance et cette réponse accompagnante. Je t’avoue que je te suis assez bien sur chacun de tes arguments. J’ai moi aussi envie de relancer la vie active et la diminution des consultations m’a mis au travail autrement, d’où l’idée d’un temps de transition pour y revenir avec une pensée un peu différente sur ce qu’on fait.

Cela a aussi été une hésitation cette demande d’un soutien à la réflexion au gouvernement. Mais cela a pu paraître pertinent précisément pour permettre à ceux qui ont du mal à faire bouillir la marmite de participer. Sans doute, cela aurait du être mieux explicité, mais comment être suffisamment explicite sans être trop long ?

La pétition est certainement pleine d’ambiguïté et manque de clarté sur certains points mais si, au bout du compte, cela amène de la réflexion et des débats, une certaine mobilisation, ce sera déjà pas mal.

Je commence à avoir quelques réponses et j’espère pouvoir être au moins en mesure de contribuer à mettre en lien les initiatives.

Je te remercie encore d’ouvrir ainsi le dialogue.

Bien amicalement,

Tanguy

Message de L.B. du 05.05.2020

Cher Tanguy,

Merci de ton initiative qui permet de tenir notre responsabilité de sujet pensant !

J’ai lu, pendant le confinement, l’essai de Cynthia Fleury dont C.M. nous avait parlé. « Les Irremplaçables » m’a donc aidé à penser.

Lorsque j’ai reçu ton texte hier, il était tard et je n’ai pas eu la force de m’y atteler. La version d’aujourd’hui est par contre très abordable.

Avant de signer, je me donne, si tu veux bien, un délai de pensée critique car tout cela est fort complexe : je travaille avec des familles précarisées pour lesquelles l’arrêt pur et simple de l’école ou son remplacement par de l’accompagnement via le web est une catastrophe, par exemple.

Le prolongement du confinement a sa pertinence mais contient aussi son poison.

N’as-tu pas eu, comme moi, une pensée un peu parano imaginant les multi-nationales avoir toutes l’espace libre pour manigancer encore plus facilement pendant le confinement ?

Bref, je dors dessus et reviens vers toi…

Bonne soirée,

L.

Réponse à L.B. du 06.05.2020

Chère L.,

Merci de t’être penchée sur mes textes et sur mon initiative. Je regrette que mon temps de transition apparaisse un peu trop comme un prolongement du confinement. A vrai dire, ce sont certaines conditions du confinement que j’aimerais prolonger, notamment les aides financières, la solidarité, pour permettre à chacun de prendre le temps de se déconfiner, raconter à d’autres, rencontrer les questions qui se posent dans des petites assemblées,… L’idée n’est pas de maintenir les gens en retrait. C’est le retour du même que je veux maintenir confiné encore un peu.

Dans la foulée de la pétition, je pense faire un petit site qui s’appellerait « la petite main », qui rassemblerait petites et grandes initiatives pour essayer de mettre en évidence ce qui bouge, et engager à bouger ensemble. Pour cela, il ne fait pas que chacun parte en courant vers la reprise.

Mais comme, tu dis, ce pharmakon peut aussi être un poison en laissant trop d’espace pour ceux qui courent après l’argent.

Bref, je tente et on verra bien si cela prend.

Bonne journée,

Tanguy

Message de N.M. du 05.05.2020

Bonjour Tanguy, 

 
En premier chef, merci de ta confiance témoignée par ce partage des textes initiateurs d’une action aussi urgente que complexe. 
 
J’ai tardé à te répondre car, bien sûr, j’ai été me balader au fil des (hyper)liens que tu référencies.
 
Tout  fait écho à l’intime de chacun de nous « le temps des câlins » et l’ultime d’une évolution macro dont on comprend bien que nous n’avons d’autres choix que de la repenser avant que les experts ne s’en emparent.
 
On sent que l’alter-maillage que j’ai pu identifié sur le net est déjà bien orchestré et que les initiatives foisonnent déjà vers un saisie réellement démocratique de ces questions sur notre avenir global, systémique: social, sanitaire, écologique, économique,  juridique, culturel. J’avoue que cela me donne un peu le tournis. 
 
Ton message m’aura en tout cas donné l’occasion d’arrêter mon temps pour m’abandonner depuis tôt ce matin à ce tournis et me dire que j’avais bien envie, et peut-être besoin, de m’investir dans cet éventail de pistes pour penser l’avenir autrement : l’économie du bien commun.
 
Tu me demandes un avis, je m’autorise donc.
 
Ceci concerne particulièrement l’appel à pétition.
 
  • Je comprends bien la nécessité d’un temps « libre »  (des contraintes de revenus ) pour se 1. re-poser et 2. penser ensemble. Je crains cependant qu’un texte trop philosophique sur le concept  de temps n’altère la force mobilisatrice de ton texte. En ce sens la lettre des « premiers » est plus directe.
  • Je ne surprendrai personne si «  le temps d’aller jusqu’au bout, jusqu’au câlins » me semble un peu léger et décalé comme formulation même si elle est très parlante.
Pour le reste, il faut que cela décante dans un contexte où je cours après le temps précisément […]
 
Tenez-moi au courant de la suite.
 
N.

Réponse à N.M. du 05.05.2020

Merci Nathalie pour cette réponse attentive. C’est chouette de recevoir ce genre d’écho.

Certes, le texte est sans doute trop philosophique, et pourtant, je me suis déjà beaucoup retenu et cadré. Espérons que quelques uns le comprendrons quand même et pourrons le transmettre.

L’idée général est plutôt humble et, pour ce que je commence à percevoir, pourrait faire fond à des initiatives plus puissantes, issues d’associations ayant pignon sur rue. Néanmoins, je pressens que les gens ont besoin de dire leur enthousiasme pour un changement possible, et de contribuer d’une manière ou d’un autre.

Si donc, on peut recueillir cette manifestation et les orienter un peu pour en parler (via une plateforme par exemple) vers ce qui se trame au-dessus; si, du coup, cela encourage les associations aussi à se rassembler, nous aurons fait notre travail.

Quant à la dimension des câlins comme aune du déconfinement, elle m’a été soufflée. Comme je n’ai pour le moment pas d’autres critères plus scientifiques, je me suis dit que cela ferait l’affaire pour le moment, sans dramatiser.

Je sais par ailleurs que la course reprend pour beaucoup. Espérons que nous pourrons garder un peu d’espace psychique pour ne pas remettre la tête dans le guidon tout de suite.

Je te souhaite donc du courage et de l’inspiration pour l’avenir dans les nombreuses tâches qui te prennent et t’engagent.

Je te tiens bien sûr au courant des suites.

Amicalement,

Tanguy

Clin d’oeil de N.M. le 06.05.2020

Coucou Tanguy

Même notre Première partage ton opinion sur la nécessité du temps
 

« En tant que décideurs politiques, nous avons besoin de temps et de recul pour prendre les mesures qui s’imposent. Je sais que cela ne colle ni avec le sentiment d’urgence, ni avec l’immédiateté de notre monde ou celui encore des réseaux sociaux. Et pourtant, le temps nécessaire à la décision, nous devons le prendre.« 
😉😉
La Libre Belgique d’aujourd’hui.

N.

 
Message de V.M. du 11.05.2020
 
Bonjour Tanguy,
 
C’est une bonne idée, mais je crains qu’il y ait trop d’initiatives de transition ou de lutte et qu’il est difficile de se coordonner pour le moment
Une de plus actives : http://lasanteenlutte.org/
 
Je crains  – et l’actualité du jour (regarde cette photo ) risque de me donner raison – que nous soyons parti pour une transition très difficile, inattendue… et longue. C’est pour cela qu’en mars j’ai créé le forum transitionnel pour qu’entre psy nous puissions réfléchir. Tu y es le bienvenu : https://forum.transitionnel.org/login
 
Amicalement,
V.
 

Réponse à V.M. du 12.05.2020

Bonjour V.,

Oui, il y a beaucoup d’initiatives et c’est un peu par rapport à cela que je tente ma chance : mettre ensemble et donner consistance à un temps de transition avec des échanges constructifs très larges.

Cela suscite en tout cas un certain enthousiasme qui me porte à prolonger l’expérience encore un peu.

Comme tu l’écris « Nous avons une occasion extraordinaire de comprendre ensemble l’organisation des soins de santé, l’épidémiologie, la nécessité de faire des choix… » et il s’agit d’éviter la position passive.

Je m’inscris complètement, avec « les petites mains » dans cette dynamique (jusqu’à un G1000 ?)

Je m’inscris au Forum.

Amicalement,

Tanguy

Message de M&H.S. du 12.05.2020

Cher Tanguy,

Nous avons lu très attentivement ton texte sur « Le temps du (dé)confinement » et n’avons pas fini d’en discuter et aimerions bien en discuter avec toi.

Nous pensons comme toi qu’il aurait été préférable de prolonger le temps de confinement pour permettre une réflexion plus large tout en étant conscients que pour des citoyens dans une situation précaire, il est urgent de parer au plus pressé.

Oui, le déconfinement est en route et il est temps de penser à la suite, à une nouvelle normalité. Déjà avant Covid 19 il y a eu bon nombre d’initiatives citoyennes (que nous avons d’ailleurs découvertes grâce aux discussions avec toi, tes enfants, T. et L.) et depuis il y a de plus en plus de personnes qui réfléchissent à un avenir plus équitable, plus solidaire, plus « participatif ». Comme tu l’as écrit, « ce qui se trame reste principalement sectorisé », mais il sera sans doute difficile de réunir des participants ayant l’esprit suffisamment large pour mettre de côté des intérêts particuliers. Tu t’attaques là à une tâche fort ardue: créer, animer et gérer un groupe qui risque d’attirer des gens de tous horizons avec des opinions et buts fort hétérogènes.

Ton discours nous paraît assez académique, et nous fait penser à un cousin qui était membre des étudiants socialistes allemands dans une ville universitaire. Ils allaient dans les usines pour motiver les ouvriers à s’engager pour créer un monde plus équitable, plus juste, mais ne rencontraient qu’une incompréhension quasi totale. En mai 1968 en France nous avons participé à des comités composés d’une vingtaine de personnes qui souhaitaient le changement. Mais seulement deux ou trois personnes se manifestaient lors des discussions, les autres se tenant coi.

Par notre vécu nous sommes plutôt désabusés et ne croyons plus tellement au « bon sens » du « bon peuple ». Il suffit de regarder autour de nous, sur les réseaux sociaux et, en particulier, à ce qui se passe aux États Unis parmi les supporteurs de Trump. Bien sûr, il y a aussi nombre d’initiatives de bon sens, mais si l’on regarde le nombre de « followers » de personnes propageant les idées les plus saugrenues, c’est à perdre tout espoir!

C’est pourquoi nous avons décidé de ne pas nous impliquer dans ton projet et de ne pas signer la pétition, qui certes épingle beaucoup d’idées et de valeurs que nous partageons et trouvons très importantes mais dont d’autres aspects nous semblent utopiques.

Nous sommes probablement trop vieux pour espérer changer le monde. C’est le privilège de la jeunesse de défendre ses idéaux et d’œuvrer pour sauver notre société, notre planète. C’est votre et leur avenir!

Grosses bises à tout le monde

M&H.

Message à M&H.S. du 13.05.2020

Chers H&M.,

Merci infiniment pour votre lecture attentive de ma proposition, malgré mon style incorrigiblement (?) académique.

Je vous suis très reconnaissant également pour vos commentaires et le partage d’expérience dont vous me faites le bénéficiaire.

J’avoue que je fais, d’une certaine manière et, peut-être, du fait de mon travail et de mes préoccupations pour l’adolescence, encore un peu partie de la jeunesse. C’est elle qui m’engage, de près avec mes enfants et beaux-enfants (que le confinement me permet de mieux connaître : s’il y a eu du bonheur dans le confinement, il s’est aussi joué là), de plus loin avec mes jeunes patients et, plus largement, les interrogations de tous les autres, qu’ils se radicalisent ou manifestent pour le climat avec persévérance.

Et puis, pour maintenir mon enthousiasme, il me suffit qu’une signataire espagnole laisse, comme aujourd’hui, en commentaire « Je signe parce que c’est la plus belle iniciative du monde » et je suis reparti pour 10 tours. Le site https://lespetitesmains.be/ donne également lieu à quelques réactions enthousiastes.

Concernant ma démarche elle-même, je vous rejoins sur la dimension hétérogène et, pour autant, un peu acrobatique. Mon espoir est que quelques groupes homogènes puissent se laisser toucher par des questions qu’ils n’avaient pas l’habitude de traiter jusqu’ici et, partant, acceptent de se rassembler pour réclamer un temps de transition et s’ouvrent à l’idée que des projets hétérogènes puissent se renforcer mutuellement, que cela puisse donner lieu à une relance démocratique plus participative. Je sais aussi que cela peut être très difficile d’exprimer quelque chose devant plusieurs, d’où l’idée de préserver l’homogénéité des groupes tout en les encourageant à se savoir avec d’autres. C’est mon pari pour contrer le saugrenu et le désabusement, autant que faire se peut. Si, ne fusse que pour mes enfants et beaux-enfants, mon geste leur aura donner un peu d’enthousiasme et d’audace pour investir le monde, je serai content. Je suis conscient cependant que je joue avec une arme à double tranchant et que la désillusion pourrait être au rendez-vous. L. me l’a déjà fait gentiment sentir. Je comprends donc tout à fait votre prudence. Elle est honnête et digne.

Je ne suis pas dupe des capacités de mes concitoyens de passer de l’âge de la consommation (de produits, de guides politiques ou spirituels) enfantine à une posture où l’acceptation de la vulnérabilité amène à la responsabilité adulte (permettant de se passer des produits autant que des guides pour enfin pouvoir prendre la parole). Je sais aussi que cela demande des dispositifs « justes » pour que chacun puisse se livrer et s’engager avec l’assurance du respect qui lui est du.

Par rapport à cela, je suis très heureux de notre échange et de ce qu’il crée de respect et d’espoir.

Au plaisir de vous revoir bientôt,

Tanguy

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